Grenelle de l'environnement : et maintenant ?

Grenelle de l'environnement : et maintenant ?
LExpansion.com

La mise en ½uvre des promesses faites par Nicolas Sarkozy sera supervisée par un comité de pilotage chargé d'évaluer et de financer le coût des différentes mesures. Une loi de programmation est annoncée au début 2008.

« Le Grenelle, ça commence aujourd'hui ». Le mot est de la secrétaire d'Etat à l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, invitée au micro de France-Inter, vendredi. Le Grenelle de l'environnement, auréolé d'un satisfecit quasi général, a suscité bien des attentes. Pour ne pas les décevoir, « il va falloir rester vigilant sur le suivi », estimait Nicolas Hulot au lendemain du discours de Nicolas Sarkozy. Ce dernier, ambitieux et volontariste, a multiplié les promesses. Il reste évidemment à les tenir.
Des comités de suivi vont se mettre en place sur plusieurs milliers de mesures, affirmait-on au ministère de l'écologie. Ils seront coordonnés par un comité de pilotage. Tout comme les groupes de travail du Grenelle, il sera composé de cinq collèges, réunissant Etat, collectivités locales, employeurs, syndicats et associations. Il permettra de « préciser les objectifs et les moyens à mettre en ½uvre pour y parvenir », explique Arnaud Gossement, porte-parole de France Nature Environnement.
Une de ses premières tâches sera, le 15 décembre, d'arrêter les modalités de la taxe « climat énergie » dont Nicolas Sarkozy s'est engagé à étudier la création, a annoncé vendredi le porte-parole de l'Elysée. « Cette taxe sera une taxe sur les énergies fossiles », a rappelé David Martinon. Elle interviendra en contrepartie d'un allègement de la fiscalité du travail, pour ne pas pénaliser le pouvoir d'achat et la compétitivité. Elle suppose donc une remise à plat générale de la fiscalité, ce qu'a confirmé la ministre de l'économie Christine Lagarde. Elle pourrait prendre de long mois, d'autant qu'une concertation avec Bruxelles, à qui revient le fin mot en matière de TVA, accroîtrait encore les délais.
Les biocarburants sous surveillance

Le Grenelle de l'environnement a terminé ses travaux vendredi matin avec l'annonce d'une expertise sur le bilan énergétique et écologique des agrocarbuants de première génération. Les agrocarburants dits de première génération sont ceux fabriqués à partir de culture destinées à l'alimentation : betterave à sucre et blé pour le bioéthanol, colza et tournesol pour le biodiester. Cette expertise, confiée à l'Ademe, devra déterminer la part de ces biocarburants dans le portefeuille énergétique français. Parallèlement, les efforts de recherche et développement des agrocarburants de deuxième génération seront intensifiés, a annoncé le ministère de l'écologie. Ces derniers sont fabriqués à partir de plantes non alimentaires : buissons de terre semi arides, herbes de prairie, algues marines.

Les comités de suivi devront également chiffrer toutes les mesures promises par Nicolas Sarkozy. Et trouver leurs financements. Par extrapolation du coût du TGV Est, les 2000 km de lignes de TGV sur lesquelles le chef de l'Etat s'est engagé nécessiteraient un investissement de... 30 milliards d'euros. Le programme de construction de 1500 km supplémentaires de lignes de tramway a été estimé par le Grenelle à 17 milliards d'euros, dont 4 reviendraient à la charge de l'Etat. Auxquels s'ajoutent le prix des autres engagements, dont la rénovation des 30 millions de logements et bâtiments anciens. Elle ne pourra se faire que si l'Etat l'encourage par des crédits d'impôts et des prêts bonifiés. Des fonds qu'il reste à trouver. Et sur lesquels il faudra convaincre les collectivités locales mises à contribution. Selon Nathalie Kosciusko-Morizet, une loi de programmation sur le Grenelle de l'environnement doit être présentée « en janvier – février », au Parlement. Il faudra donc aussi convaincre les parlementaires, à trois mois des élections municipales.
Pour l'heure, le Grenelle de l'environnement tenait sa dernière table ronde, vendredi. Elle a donné lieu à son lot de mesures. Le principe d'une certification pour les importations de bois, notamment pour les marchés publics, a été retenu. Mais sans accord sur le label, PEFC ou FSC, au grand dam des écologistes. « Le FSC est la seule certification internationale à être contrôlée », regrettait un membre du collège ONG. Les participants se sont en revanche mis d'accord pour soumettre la publicité à une éthique environnementale. « On peint un peu en vert quelques publicités qui n'ont pas ces qualités. Il faut construire avec la profession un outil qui permette de s'assurer qu'on ait une publicité plus sincère », a fait valoir Jean-Louis Borloo.

# Posté le dimanche 28 octobre 2007 06:34

Selon les Nations unies, la privatisation des marchés serait le pire scénario pour l'écologie.

Selon les Nations unies, la privatisation des marchés serait le pire scénario pour l'écologie.
LE MONDE.fr

L'avenir écologique de la planète dépend directement des choix politiques qui seront effectués : jamais cette évidence n'avait été soulignée nettement par une instance des Nations unies. C'est chose faite : le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) affirme dans un épais rapport, dit "GEO 4" (www.unep.org/french/), publié jeudi 25 octobre, que la privatisation généralisée des ressources et des services serait le plus mauvais scénario du point de vue de l'environnement.

C'est la conclusion d'une démarche originale de scénarisation des avenirs possibles en fonction des types de politiques mises en place, menée ces deux dernières années par des groupes internationaux d'experts. Point de départ de ce travail de modélisation : la crise écologique majeure que connaît d'ores et déjà la planète.

En actualisant la description par de nombreuses sources, le rapport du PNUE synthétise le mouvement de dégradation du climat, de la biodiversité, de la santé des sols, des ressources en eau... Il souligne la rétraction des ressources disponibles par habitant : la surface de terre disponible pour chaque humain est ainsi passée de 7,91 hectares en 1900 à 2,02 en 2005.

La rapidité du phénomène est soulignée : l'étendue et la composition des écosystèmes terrestres "sont modifiées par les populations à une vitesse sans précédent". Les experts insistent sur la notion de seuil : "Les effets cumulés de changements continus dans l'environnement peuvent atteindre des seuils qui se traduisent par des changements brutaux" et irréversibles. Cette idée de "points de basculement" ne s'applique pas seulement au changement climatique, mais aussi aux phénomènes de désertification, de baisse des nappes phréatiques, d'effondrement d'écosystèmes, etc.

POINTS DE BASCULEMENT

La poursuite des trajectoires actuelles conduit inéluctablement à ces points de basculement, indique le PNUE. C'est là que le travail de modélisation intervient. Les experts ont défini quatre scénarios, selon le type de politique suivie. Dans le premier, l'Etat s'efface au profit du secteur privé, le commerce se développe sans limite, les biens naturels sont privatisés. Le deuxième scénario se base sur une intervention centralisée visant à équilibrer une forte croissance économique par un effort pour en limiter les impacts environnementaux et sociaux.

Une troisième voie serait de privilégier la sécurité pour répondre aux désordres civils et aux menaces extérieures : un effort important y serait alors consacré. Enfin, la quatrième option est celle d'une société faisant le choix de la durabilité par l'environnement et l'équité, dans laquelle les citoyens jouent un rôle actif.

La modélisation permet de mesurer l'influence sur l'environnement de chacun de ces quatre scénarios, à travers la consommation d'énergie, les émissions de polluants, le type d'activité agricole, les prélèvements d'eau et de nombreux autres paramètres.

Le dernier scénario (durabilité) apparaît préférable du point de vue social et écologique, tandis que le premier (privatisation), s'il assure la croissance la plus forte, se traduit aussi par un impact environnemental jugé insupportable, tout en générant les plus grandes inégalités. Dans ce cas, "l'environnement et la société se rapprochent rapidement du point de basculement, voire le dépassent".

Les scénarios les moins mauvais en termes d'environnement ne sont cependant pas exempts de défauts : le deuxième, qui privilégie une intervention politique forte, peut générer de la bureaucratie, le quatrième, qui met l'accent sur la durabilité, exige de consacrer beaucoup de temps à la coopération entre acteurs. Et ils ne garantissent pas un avenir sans souci : dans tous les cas, "le changement climatique et la perte de biodiversité resteront des défis significatifs".
Hervé Kempf
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# Posté le dimanche 28 octobre 2007 06:31

"DSK en homme d'Etat", par Anne-Marie Rocco (Challenges)

"DSK en homme d’Etat", par Anne-Marie Rocco (Challenges)
Challenges.fr

"LA man½uvre était de créer une industrie européenne, mais aussi de préserver les intérêts français", a résumé Dominique Strauss-Kahn en retraçant l'histoire de la création d'EADS, devant la Commission des finances de l'Assemblée nationale, ce vendredi 26 octobre. Dans une atmosphère moins électrique que la veille – Arnaud Lagardère, venu témoigner au Palais Bourbon, était attendu par une armée de photographes et de caméramen, et la salle était pleine à craquer – l'ancien ministre des finances a livré à des députés médusés sa vision du rôle de l'Etat dans le groupe d'aéronautique et de défense. Une vision offensive, à contre-courant des témoignages apportés par les intervenants précédents, notamment Thierry Breton, ministre de l'économie au moment où a éclaté "l'affaire EADS".

Pour "DSK", futur directeur du Fonds monétaire international, les accords conclu en 1999 et 2000 par l'Etat français, l'allemand Daimler et Jean-Luc Lagardère - à qui il a "tenu à rendre hommage" car "il avait le sens de la France beaucoup plus que d'autres" - était le fruit d'un compromis équilibré. Initialement, a-t-il rappelé, la partie allemande refusait purement et simplement toute présence de l'Etat français au capital d'EADS. Il a donc fallu négocier. "Nous avons accepté que l'Etat ne soit pas représenté en tant que tel", a reconnu Dominique Strauss-Kahn. Mais un stratagème avait été mis au point pour contourner l'obstacle : les deux actionnaires français, l'Etat et le groupe Lagardère, avaient réuni leurs parts d'EADS au sein d'une holding, la Sogeade, dans laquelle "toute les décisions stratégiques étaient prises à 6 voix sur 8, ce qui donnait un veto de fait à l'Etat français".

Sur deux points très débattus, l'ancien ministre de Lionel Jospin a apporté des informations décisives. Concernant les nominations, sujet controversé en raison d'une "guerre des chefs" qui a opposé, pendant des mois, Noël Forgeard et Philippe Camus, Dominique Strauss-Kahn a affirmé que l'Etat avait obtenu une concession importante. "Dans la première version du pacte, les nominations devaient se faire sur proposition du groupe Lagardère. Dans la deuxième version, c'était 'en tenant compte' des propositions de Lagardère". Autre révélation : s'il l'avait voulu, l'Etat aurait parfaitement pu racheter une partie des actions mises en vente par Lagardère et Daimler en avril 2006, "à condition de les céder ultérieurement pour revenir à 15%". L'Etat était donc bien en mesure de participer à la redistribution du capital d'EADS. Aux yeux de DSK, le pacte d'actionnaires d'EADS est un accord "où l'Etat occupe une situation dominante, en ce sens qu'il est le seul à avoir une vision de long terme".

"Quel contraste avec les précédentes auditions des représentants de l'Etat", qui ont surtout manifesté "leur impuissance" ainsi que "leur ignorance généralisée de ce qui se passait dans l'entreprise", n'a pu s'empêcher de s'exclamer Gilles Carrez, député UMP du Val-de-Marne, après avoir écouté l'ancien ministre de l'économie et des finances. A quoi Dominique Strauss-Kahn a répondu, avec une méchanceté assumée à l'égard de ses successeurs : "Il faut de bons montages, mais après, il faut s'en occuper".

par Anne-Marie Rocco, grand reporter à Challenges, vendredi 26 octobre 2007.
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# Posté le dimanche 28 octobre 2007 06:17

Moscovici : les ministres d'ouverture, "ministres UMP".

Moscovici : les ministres d'ouverture, "ministres UMP".
NOUVELOBS.COM

Pour le député PS, ils n'apportent "rien" au gouvernement.

Le député socialiste Pierre Moscovici a estimé, mercredi 24 octobre, que les ministres dits d'ouverture du gouvernement Fillon ne servaient à "rien". Le député PS du Doubs a ajouté sur Public Sénat qu'ils étaient "devenus des ministres UMP".
Interrogé pour savoir quel était l'apport de ces ministres, le secrétaire national du PS a répondu: "J'ai cherché pendant longtemps. Je ne cherche plus. Je crois que j'ai trouvé la réponse : rien".
Seul Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives, "a obtenu une petite chose", que la droite renonce à ne pas accueillir les sans-papiers dans les centres d'hébergement. "Ca ne fait pas lourd", a-t-il commenté.

Mise en scène

Selon l'ex-ministre des Affaires européennes, l'ouverture "c'est de la mise en scène, c'est du cinéma; ça ne sert qu'une seule personne, Nicolas Sarkozy".
Il a estimé que Fadela Amara avait plusieurs choix possibles après avoir pris position contre les tests ADN pour les candidats au regroupement familial, comme "mettre tout son poids dans la balance (et obtenir) qu'on retire le texte (...), ou démissionner".

# Posté le jeudi 25 octobre 2007 15:31

Ressuscité

Ressuscité
Magazine Challenges

Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI

Lui que la présidentielle avait laissé déprimé revit, jubile même depuis son élection au FMI. En exil, DSK ? Les sympathisants socialistes ne l'ont jamais autant aimé. Son retour pour 2012 est loin d'être écarté.

Sic transit gloria mundi. C'était il y a un an à peine. En déplacement à Autun, à la rencontre des salariés de Dim inquiets pour leur emploi, Dominique Strauss-Kahn subissait l'ironie de quelques journalistes. «Vous nous avez fait venir aujourd'hui parce que vous saviez que Ségolène n'avait rien prévu !» lançait une reporter. A cette époque, le scénario était écrit : investiture de Ségolène Royal, campagne très «perso» de la candidate. Echec sur toute la ligne pour Strauss-Kahn. Et quasi-déprime pour un DSK d'ordinaire si bien dans sa peau. Avec, à la clé, sa démission des instances dirigeantes du PS.

Starisé
C'était il y a un an... ou plutôt un siècle, estime aujourd'hui Dominique Strauss-Kahn. Car son «actualité», en cet été indien qui baigne le début d'octobre, est autrement souriante. Contre toute attente, son élection le 27 septembre à la tête du Fonds monétaire international (FMI) - dont 99% des Français ignorent le rôle exact - fait la une des quotidiens. Sa conférence de presse d'après élection, à Paris ? Digne du candidat à la présidentielle qu'il n'a pas pu être : bousculades de photographes, cars de télévision...
A Paris, DSK ne peut plus faire trois pas sans que les passants l'interpellent ou lui adressent des signes amicaux. A Washington, peu après son élection, il tombe sur un car de jeunes retraités français. Pendant un quart d'heure, il a droit à une séance photo. «Cette élection au FMI, c'est devenu comme un match defoot. . . ou de rugby. On veut voir gagner celui qui porte le maillot français», confie-t-il à Challenges avec un sourire. Heureux, DSK ? C'est peu de le dire. Si l'expression «respirer le bonheur» n'existait pas, il faudrait l'inventer pour lui. «Il est sifflotant» témoigne son bras droit en politique, Jean-Christophe Cambadélis.
Il faut l'avoir vu, lors de sa conférence de presse, répondre à chaque journaliste dans sa propre langue, plus maître que jamais de son sujet. Quand il déclare que «la crise financière est finie», un ouf de soulagement parcourt la salle. Si c'est lui qui le dit, c'est forcément vrai. «Un véritable gourou», s'amuse un de ses amis. Cerise sur le gâteau, les sondages sont au zénith. Alors même qu'il part à Washington, siège du FMI, il est devenu le responsable le plus populaire de la gauche française. «C'est comme au village quand un petit gars monte à Paris, plaisante Cambadélis. C'est la fête, tout le monde applaudit, et on l'accompagne sur le quai de la gare.»
Sûr de lui
Son ami Stéphane Fouks, coprésident d'Euro RSCG Worldwide, l'a conseillé cet été. Il explique cette renaissance : «Dans cette campagne pour le FMI, il a pu enfin être complètement lui-même, sans les contraintes d'un appareil, sans devoir en passer par des négociations politiques. De plus, il s'est aperçu que son engagement en faveur de la réforme de la finance mondiale plaisait à l'opinion.» Bref, il est sur un nuage, plus sûr de lui que jamais. C'est «DSK maître du monde» s'effraie presque l'un de ses anciens collaborateurs à Bercy. Plus personne ne conteste, comme l'a fait le Financial Times fin août, l'adéquation entre l'homme et la fonction de directeur général du FMI.
Théoricien et réaliste
Il a «trois qualités assez rares pour ce job, estime son ex-directeur de cabinet à Bercy, François Villeroy de Galhau, aujourd'hui PDG de Cetelem. D'abord, c'est un économiste. Ensuite, il a une vision politique, qui lui permettra déjouer un véritable rôle d'architecte d'une nouvelle finance mondiale régulée. Enfin, il dispose d'un réseau international exceptionnel.» Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, complète : «C'est un vrai théoricien de l'économie.» Et passionné. Lorenzi se souvient de DSK retardant sa présentation du budget pour terminer une interview à une revue confidentielle, sur un de ses sujets de prédilection, le risque et la rente. Théoricien, amateur de débats, il l'est à coup sûr. «Mais, contrairement à la plupart de ses confrères, il sait faire le lien avec la pratique», ajoute Lorenzi.
Quant à son réseau international, il est «proprement bluffant», estime Stéphane Fouks. Exemple : sans que cela fasse grand bruit, un de ses amis chiliens, Carlos Ominami, vice- président socialiste du Sénat, a convaincu la présidente Michelle Bachelet de soutenir DSK sans réserve. Celle-ci a alors fait campagne auprès des autres gouvernants de la région - dont les Argentins, très remontés contre le FMI - pour qu'ils n'opposent pas un concurrent à Strauss-Kahn. Une concurrence qui l'aurait gêné pour faire figure, comme il le souhaitait, de défenseur des pays émergents. Ce réseau, Dominique Strauss-Kahn se l'est vraiment constitué pendant les vingt-neuf mois qu'il a passés à la tête de Bercy, de juin 1997 à octobre 1999. Il s'est alors doté d'une stature internationale, notamment en s'imposant très vite dans les médias anglo-saxons. Pour ce faire, il a innové en recrutant une conseillère en communication, Nina Mitz, dédiée aux journalistes étrangers.
Compétent, habile, d'une intelligence supérieure, ce joueur d'échecs a souvent eu les défauts de ses qualités. «A Bercy, il avait une grande capacité à s'extraire des situations les plus difficiles par une pirouette», se souvient l'un de ses anciens conseillers. Cette certitude de toujours retomber sur ses pieds peut conduire à une certaine légèreté, et jusqu'au bureau du juge, comme on a pu le voir dans l'affaire de la Mnef.
Réputé dilettant
e«Son brio le dispensait souvent de travailler les dossiers», rappelle un haut fonctionnaire. Même son de cloche de la part d'un autre ancien ministre socialiste de l'Economie, Michel Sapin : «Son intelligence est telle qu'il n'est pas toujours aussi travailleur qu'il pourrait l'être», déclarait-il à Challenges en 2003. Exemples : le 1er janvier 1999, en week-end à Venise, DSK se fait tirer l'oreille pour se rendre à Bruxelles pour le lancement de l'euro. Ou, un soir de discussion du budget à l'Assemblée, il laisse les députés pour rejoindre des journalistes à la buvette, à la demande de l'un d'eux.
A l'évocation de ce dilettantisme, la température chute de quelques degrés dans le bureau de DSK, à la Banque mondiale, avenue d'Iéna, à Paris. Cette réputation l'agace. Il renvoie sans attendre la balle aux journalistes, accusés de flemmardise : l'un d'eux lance la rumeur sur DSK dilettante, tout le monde recopie. «Le seul secret de la réussite, c'est le travail», lâche-t-il pour couper court à la discussion.
Si cette réputation est aussi injuste à ses yeux, c'est parce qu'il a vraiment sacrifié ses vacances et travaillé tout l'été. Stéphane Fouks en témoigne : «Du jour où il a décidé de se lancer pour le FMI, il a fait preuve d'un grand professionnalisme.» Un point de vue biaisé par l'amitié ? Un haut fonctionnaire, qui n'a jamais été un intime, confirme. «Cet été, il a vraiment parcouru les 100000 kilomètres annoncés. Devant tous les responsables économiques qu'il a rencontrés, que ce soit au Chili, au Brésil, en Afrique du Sud, en Corée ou en Chine, il a montré une connaissance très affûtée, précise, des dossiers. Il s'est clairement mis au boulot.»
Un Strauss-Kahn nouveau aurait donc émergé en cette fin 2007, tout de rigueur, n'ayant d'yeux que pour l'économie mondiale. Laissant derrière lui toute ambition politique en France ? Le 20 septembre, lors de son audition par les administrateurs du FMI, il s'est engagé à servir le fonds pendant cinq ans, durée normale d'un mandat. Cela l'écarté de la compétition pour la présidentielle de 2012. Ce renoncement s'explique. Le poste de DG du Fonds monétaire fait des envieux. Certes, Washington a tout d'une ville de province, ce qui a fait hésiter, surtout, son épouse, Anne Sinclair. Mais le salaire est, comme disent les Américains, confortable (495 000 dollars par an, net d'impôt), et le directeur général, en contact avec tous les chefs d'Etat, n'a rien d'un subalterne.
Toujours présidentiable
Toutefois, on ne lâche pas la politique si facilement. Depuis son retour provisoire à Paris, DSK entoure d'un certain brouillard ses propos sur une éventuelle candidature en 2012. Le FMI est «un enjeu planétaire, je m'y engage totalement, déclare-t-il à France 2. Pour autant, je ne renonce pas à être français.» A Sarcelles, devant des militants, il insiste : «Ce n'est certainement pas un adieu, pas même un au revoir. Je m'éloigne juste un peu, le temps de me faire désirer.» Revenir, mais avant ou après 2012 ? Ses proches sont plus clairs : si les conditions d'un retour sont réunies, dans trois ans, il n'hésitera pas longtemps. Quitte à écourter son mandat international, comme l'avait fait un de ses prédécesseurs au FMI, Horst Kôhler, devenu président de l'Allemagne en 2004.
Scénario idéal pour un come-back de DSK : aucun leader n'émerge au sein du PS durant les trois ans à venir, tandis que «Dominique», lui, réforme vraiment le FMI au profit des pays émergents et régule les mouvements financiers mondiaux, se donnant ainsi une image flatteuse dans l'électorat français de gauche sans s'aliéner celui de droite.
«Pour certains, le départ de DSK à Washington est synonyme d'exil, analyse un de ses amis. A les entendre, il disparaîtrait des écrans radar. Mais il va plonger dans l'action sur un sujet de préoccupation majeur des Français, la mondialisation.» Nul doute que DSK saura mieux faire connaître en France son action réformatrice que son prédécesseur, l'Espagnol Rodrigo Rato. «J'ai passé ma vie à enseigner qu'il n'y avait pas de contradiction entre croissance économique et justice sociale, a déclaré Strauss-Kahn. L'occasion m'est donnée de sortir cette idée des amphithéâtres et de la mettre en pratique.»
Et si ce n'était pas si simple, en tout cas moins que de piloter l'économie française ? «Bien sûr, ce sera difficile, répond le socialiste, sur le ton de celui qui a enfin trouvé un défi intéressant. La tâche à la tête du FMI est encore plus lourde que celle d'un ministre français des Finances. Parce que, par définition, les décisions concernent des dizaines et des dizaines de millions de personnes, mais surtout parce qu'elles peuvent complètement bouleverser leur vie quotidienne.»
En outre, le Fonds n'est pas au mieux de sa forme. «Il subit trois crises en même temps», analyse DSK. D'abord, le FMI, conçu pour lutter contre les déséquilibres de taux de change, ne fait pas face à l'instabilité financière actuelle. Ensuite, il rencontre «une crise de légitimité : les pays émergents, qui ont pris une place croissante dans l'économie mondiale, n'y sont pas assez représentés. Il faut leur donner plus de poids.» Enfin, «le rôle traditionnel du Fonds, banquier des pays en difficulté, est remis en cause : les économies se sont restructurées, elles se financent par ailleurs». Bref, il y a du pain sur la planche. «Mais l'existence de ces crises est salutaire. Cela permet de poser des questions.»
Un ancien de Bercy se montre plus inquiet : «Strauss-Kahn va devoir gérer des «process», une bureaucratie. Il n'a pas perçu qu'il est désormais un banquier à la tête d'une banque en faillite.» Percutante, la formule ne fait pas l'unanimité. Ce qui est sûr, c'est que le «risque existe de voir surgir une nouvelle crise, frappant un pays d'Amérique latine, par exemple», analyse un expert. Dans ce cas, le FMI et son directeur ne pourraient plus jouer le rôle du gentil. «Un plan de redressement d'une économie en crise n'est jamais très social ni populaire.» De quoi ternir une image si bien redressée ?

Ce qu'ils disent de lui
Pierre Moscovici, secrétaire national du PS : «Ce serait faire injure à sa sincérité que de lui prêter je ne sais quel calcul. Mais Dominique ne se désintéresse pas de la France. La politique est dans ses gènes. L'avenir n'est pas écrit. Et il dure longtemps...»

Henri Weber, député européen fabiusien : «Le FMI est dans une crise profonde. Dominique a pris des risques importants. Il pourra donner la pleine mesure de son talent. Rester en France était peut-être un plus grand risque encore.»

Un haut fonctionnaire : «Pour DSK, c'était ça (le FMI) ou Sarcelles.»

Un proche : «Dominique n'aurait pas supporté de passer cinq années de plus à faire le tour des fédérations socialistes.»

Michel Sapin, ancien ministre de l'Economie : «Psychologiquement, c'est pour lui un rattrapage exceptionnel. Désormais, il faut qu'il se plonge dans la mécanique. Si DSK parvient à faire des choses importantes, ce sera malheureusement peu visible.»

Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes : «Strauss-Kahn est un des rares ministres des Finances à avoir marqué son époque. Il est l'égal d'un Giscard ou d'un Pinay.»

Homo Economicus
1971 HEC. 1978 Agrégation d'économie. 1988 Député PS du Val-d'Oise, président de la commission des Finances. 1991 Ministre de l'Industrie. 1993 Avocat d'affaires. 1995 Maire de Sarcelles. 1997 Ministre de l'Economie et des Finances. 1999 Démission suite à l'affaire de la Mnef. 2007 A 58 ans, il prend la tête du FMI.

Il aime
Le high-tech. La nourriture marocaine. La musique romantique.

Il n'aime pas
Les combats de chefs. Les idées fausses. Les tentations hégémoniques.

par Ivan Best
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# Posté le jeudi 25 octobre 2007 15:29